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      Comme prévu, l’organisation de la mission avait posé pas mal de problèmes diplomatiques entre les cinq différentes factions de la révolution. Arkab et Sham avaient dû user de toute leur influence pour faire accepter des compromis de part et d’autre. Donatien rejoignit tard son vaisseau, anxieux.

    « Les tests que vous avez lancés se sont terminés il y plusieurs heures. » confirma Galois.

      Sham se pencha hâtivement sur son ordinateur médical. Lorsque le résultat qu’il attendait apparut sur l’écran. Il s’assit brusquement, se prit la tête entre les mains. Lutham Calv ne lui avait pas menti, ils étaient vraiment du même sang.

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     Le révolutionnaire Sham n’était autre que le petit-fils de son pire ennemi, le chef incontesté de l’Union qu’il combattait depuis quinze ans. Il songea soudain à ce que ça impliquait vraiment. Il eut l’impression que son cœur était pris dans un étau. Il était impossible qu’il reste à son poste comme si de rien n’était. Si l’on venait à découvrir ce terrible secret, que penserait-on de lui ? Il avait consacré toute sa vie à cette cause… Et Johanne ? Toute la scène qui les avait opposés lui revint brusquement en mémoire : sa violence, ses paroles odieuses et le pire, il avait failli la frapper.

    « Je deviens fou ! » gémit-il.

      Le plus détestable à son avis, c’est qu’il avait rendu la jeune femme responsable de ce qu’il avait découvert. Sa colère venait en grande partie de là. Il ferma les yeux en se remémorant son air désespéré… Rien ne serait plus pareil. Elle ne lui pardonnerait jamais. Il regarda de nouveau l’écran, les poings crispés. Son devoir était de démissionner, et il l’accomplirait, quoi que ça puisse lui coûter. Il n'avait pas tué Calv. Il assumerait son erreur.

      Le lendemain, il arriva le dernier dans la petite salle de conférence. Les cinq chefs de section de la résistance étaient déjà installés autour de la table pour signer le protocole d’accord. Wendy avait pris place à côté de son mari et de Camille.

    - Enfin, commandant Sham ! s’exclama Phylia Hardt. Nous vous attendions pour commencer ! Auriez-vous eu une panne d’oreiller ?

      Donatien s’avança. Sous son masque noir, sa pâleur extrême ne se voyait pas. Il remarqua juste le regard noir que Wendy lui lança.

    - Meg, Phylia, Général Stens, Amiral Lucchese, Jean-Loup, je sollicite la permission de faire une déclaration avant que nous passions à l’objet de cette réunion.

      Les cinq chefs échangèrent un coup d’œil étonné et Phylia hocha la tête. « Allez-y, commandant Sham, mais ne soyez pas trop long ! »

    - Je vous remercie.

      Donatien s’avança. Il enleva son masque et le posa devant lui. Des murmures étonnés s’élevèrent. A part Camille et Jean-Loup, aucun membre de la révolution n’avait jamais vu son visage.

    - Si j’accomplis ce geste maintenant, commença-t-il, c’est parce qu’un événement inattendu m’oblige à remettre mon sort entre vos mains. Il y a moins de deux jours, j’étais sur Sobolev. Pour libérer la fille de Jean-Loup, j’ai été forcé de m’introduire dans le palais de l’Union. Je me suis retrouvé face à Lutham Calv. C’est ce qu’il m’a révélé qui cause ma honte. Je ne suis pas digne de votre confiance.

      Wendy sursauta. Elle comprit.

    « Je suis son petit-fils. Je suis le fils de Moïra Genery, alias Vega. Et Vega était sa fille. Jusqu’à hier soir, je ne voulais pas le croire. J’avais fait un prélèvement sanguin sur Lutham Calv et nos ADN correspondent. L’ordinateur ne peut se tromper. Je n'ai pas pu le tuer alors qu'il constitue une cible prioritaire pour nous. Je sais ce que vous pensez et vous avez raison. Il serait indigne que j’occupe le grade élevé qui est le mien. Je m’en remets à vous pour être jugé. »

      Un silence de mort s’abattit sur la grande salle de conférence. Nul n’osa prononcer un mot. Aucun des quatre chefs ne connaissait l’identité du commandant Sham. C’était la première fois qu’ils le voyaient à visage découvert. Seul Camille savait qu’il était le fils de Vega. Malgré cela, il considérait son ami avec stupéfaction. Donatien baissa la tête. Il déposa sur la table son blaster et tendit ses poignets.

    « Je me constitue prisonnier. »

      Wendy comprit soudain les causes de la violence que le jeune homme avait laissé échapper la veille. Le voir, ainsi, comme un accusé, avec personne qui disait mot, lui brisa le cœur. Jean-Loup lui avait raconté son histoire. Elle se doutait de ce qu’il devait souffrir, alors que, comme elle, il avait tout donné pour ce combat. Soudain, la voix rauque du général Stens s’éleva.

    - Vous divaguez, commandant Sham ?

      Donatien sursauta.

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    - Il n’y a plus de commandant Sham ! rétorqua-t-il. Seulement le descendant de Lutham Calv !

    - Le fils de Vega ! corrigea Phylia. Je connaissais les liens qui liaient Vega à Calv.

    - Moi aussi ! continua Altaïr. Je sais que Vega est morte parce qu’elle n’a jamais pu tuer l’homme qui lui avait donné la vie.

    - Vous êtes membre actif de notre lutte armée depuis plus de quinze ans ! reprit Phylia. Il est vrai que vos paroles nous ont choqués, mais c’est une question de surprise et non de dégoût ! Nous étions nombreux à ignorer que vous être le fils de Moïra. Votre volonté et votre courage ne nous ont jamais fait défaut ! Vous avez tout donné à notre cause ! Pourquoi est-ce que nous vous retirerions notre confiance ? Pourquoi voulez-vous partir, commandant Genery ? Car c’est ce nom que vous devez porter ! Celui de votre père! Nous avons besoin de vous ! Vous devez rester !

      Un murmure d’approbation s’éleva.

    - Mais, ce n’est pas possible…

    - Arrêtez vos conneries, commandant Genery ! coupa le général Stens. Nous n’avons pas de temps à perdre en considérations généalogiques ! Tuer Calv ne changerait rien, Rayan est aux aguets pour lui prendre le pouvoir. La vraie question c'est de savoir si vous, vous voulez continuer avec nous.

    - Évidemment !

    - Alors on se remet au travail, commandant. Tout le monde est d’accord avec moi ?

      Personne ne le contredit.

    - Parfait, passons à ce qui nous réunit maintenant ! Commandant Arkab ?

      Camille se leva et prit la parole pour exposer le plan qu’ils avaient mis au point, tandis que Donatien regagnait sa place, essayant de calmer les battements effrénés de son cœur.

      Lorsque Camille eut fini d’exposer leur projet de mission, le général Stens se leva.

    - Côté logistique, tout est parfait. Restent deux problèmes. D’abord, l’équipe scientifique. Je suppose que Jean-Loup et Johanne en font partie… Wendy aussi.

      Camille intervint.

    - Général Stens ? Je propose que miss Myryan fasse aussi partie de l’équipe.

    - Miss Myryan ?

    - Elle a beaucoup aidé Johanne  lors du décrytptage des documents sur la Flotte Royale…

      Meg Tsaryn éclata de rire.

    - Commandant Arkab, je vois que l’idée d’être séparé de votre amie vous est insupportable.

      Camille devint écarlate.

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    - Elle sera chargée de tout ce qui est prise de son et d’images tridi ! continua-t-elle. Je sais qu’elle s’y connaît, nous en avons parlé hier. Ne rougissez pas, commandant !

    - Ensuite, il faut un chef à cette mission ! enchaîna Phylia, amusée. Je pense que ce poste vous convient parfaitement, commandant Genery ?

    - Euh… Oui, mais…

    - Vous n’avez pas d’objections à faire ! Commandant Arkab, vous serez le commandant en second. Le départ de cette expédition se fera dans un mois. Tous les membres seront alors arrivés à bord de ce grand vaisseau.

      Dès que les deux chefs donnèrent le signal du départ, Donatien s’éclipsa aussitôt suivi par Wendy.

    - Don, attendez-moi !

      Il se retourna, baissant les yeux en reconnaissant Altaïr.

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    - Wendy… Je suis vraiment désolé de ce qui s’est passé hier…

    - Ce n’est pas de ça dont je veux vous parler. Je voulais vous dire… Jean-Loup et Camille n’ont pas pensé à me dire que vous étiez le fils de Moïra. Vous ne devez pas avoir honte de ce que vous êtes ! Vous… Votre mère était ma meilleure amie. Vous lui ressemblez tant.

    - Pourquoi me dites-vous ça ? murmura-t-il.

    - Parce que je vois que vous souffrez, Donatien. Je comprends votre colère. Vous n’avez jamais su qui vous étiez vraiment, et la réalité ne vous enchante pas.

    - La réalité…

    - La réalité c’est que vous êtes le digne fils de vos parents !

    - Non ! La réalité, c’est que je n’ai jamais connu mes parents. Et que je n’ai pas été capable de descendre Calv. »

      Il se détourna et Wendy le regarda s’éloigner d’un pas lourd. Elle frémit en voyant apparaître Johanne au bout du couloir. Donatien l’aperçut aussi mais il continua de marcher, en baissant la tête. La jeune femme ne bougea pas, le laissant s’éloigner.

    - Johanne… murmura Wendy.

      La jeune femme secoua la tête en regardant sa mère. Ses poings étaient crispés. Dans sa tête, les idées tourbillonnaient. Chagrin. Déception. Colère.

    - Je-ne-veux-pas-en-parler ! rétorqua-t-elle, les dents serrées. Jamais. »

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    Suite du chapitre 14


  • Commentaires

    1
    Jeudi 22 Mai 2014 à 00:48

    J'ai repéré des petites erreurs d'inattention , je les ai relevées pour toi :

    Lorsque le résultat qu’il attendait apparut sur l’écran, *il s’assit brusquement, se prit la tête entre les mains

    Nous étions nombreux à ignorer que vous *étiez le fils de Moïra

    Elle a beaucoup aidé Johanne  lors du *décryptage

    2
    Jeudi 22 Mai 2014 à 19:00

    Merci Ness!

    3
    Samedi 31 Mai 2014 à 17:02

    Je t'en prie ^^

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