•  10 - 1

      Comme Donatien le craignait, ils ne parvinrent pas à passer inaperçus. Le feu qu’il était obligé d’entretenir la nuit pour résister au froid les avait dénoncés. Johanne et lui se relayaient jusqu’à ce que l’aube apparaisse pour faire le guet. Cette sage précaution lui permit de voir arriver les ennuis pendant leur troisième nuit.

      Il secoua doucement la jeune femme et la bâillonna de la main, par précaution.

    - Tais-toi ! chuchota-t-il. Nous avons de la visite. Lève-toi, sans faire le moindre bruit, et ramasse ton matériel. Vite !

      Ensommeillée, elle lui obéit avec célérité. Lorsqu’elle voulut s’avancer vers la sortie, il la tira violemment en arrière.

    - Non ! Il y a une autre issue ! Viens !

      Étonnée, elle le suivit vers le fond de la grotte, où, à sa grande surprise, son compagnon disparut. Rien ! Elle avait beau écarquiller les yeux, il n’y avait qu’un mur…

    - Allez, viens ! souffla-t-il en réapparaissant. Dépêche-toi !

      Elle sursauta et avança avec précautions, persuadée de devoir se cogner contre le mur. Mais, ce qu’elle croyait être l’ombre d’une arête rocheuse, était en réalité le début d’un tunnel de pierre.

    - Vite ! répéta-t-il. On n’a pas de temps à perdre. Mais reste au moins dix pas derrière moi. Si je ne m’abuse, on va nous attendre à la sortie. Alors, quand je serai passé, ils ne te chercheront pas… Prends mes armes et l’ordicom.

    - Mais…

    - Pas de mais ! Cette fois, tu m’obéis ! coupa-t-il. Quoi qu’il arrive, tu ne te montres pas ! S’ils te voient… Camille devrait arriver d’ici deux ou trois heures ! Tu attends à l’abri son appel sur l’ordicom, c’est clair ? »

      Elle hocha la tête.

    10 - 1

     Il lui donna un baiser rapide avant de s’enfoncer dans l’obscurité. Elle lui laissa l’avance qu’il ordonnait. Ils descendirent pendant vingt bonnes minutes avant de voir des lueurs de torches. Encore une fois, Sham avait eu raison, songea-t-elle. Il n’avait pas fait un pas à l’extérieur qu’un cri retentit.

    - Halte ! Au moindre geste, je te grille !

      Johanne se colla contre la paroi de la grotte. La voix de Donatien s’éleva, dure et glaciale.

    - Wolf ! J’espérais qu’après treize ans, tu serais six pieds sous terre !

    - Fox ! s’étrangla le chef de la bande. Mais, ton vaisseau avait explosé…

      Le fils de Véga haussa les épaules.

      Derrière lui, il entendit la course des autres sbires de Wolf qui avaient trouvé la grotte eux aussi. A son grand soulagement, ils passèrent devant Johanne sans la voir.

      En treize ans, Wolf n’avait pas vraiment changé. Son visage avait un peu vieilli. Ses yeux luisaient toujours d’un feu cruel.

    - Il y avait deux sarcophages ! Où est l’autre déporté ? demanda Wolf.

    - La capsule était vide quand je suis arrivé. rétorqua Sham. Mais je suis fier de toi, Wolf ! Maintenant, tu sais compter jusqu’à deux !

      La rage envahit son adversaire, qui voulut le frapper. Don esquiva de justesse. Dans sa tête, les idées tournaient à toute allure. Le Dragon devait arriver dans peu de temps. Camille connaissait l’emplacement de la grotte. Pourvu que Johanne… Face à tous les hommes du gang, il ne put qu’opposer une résistance de principe. Il se retrouva bientôt les mains liées derrière le dos, impuissant.

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     Suite du chapitre 10


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  •  « Allez, on ramène l’enfant prodigue au camp de base. Il va en avoir des choses à nous expliquer… »

      Les deux lieutenants de Wolf l’empoignèrent. La petite troupe marcha jusqu’à l’aube avant de rejoindre un terrain découvert. Don crispa les mâchoires en reconnaissant les lieux où il avait bien malgré lui appris à encaisser les coups sans ciller. Où sa haine contre l’Union et son beau-père s’était cristallisée. Sans en avoir l’air, il balaya du regard toute la scène, relevant la position de chaque ennemi. Apparemment, les effectifs s’étaient fortement réduits depuis sa première escale sur la planète grise. En comptant les deux qui étaient restés garder le camp, le gang de Wolf ne comptait plus que quinze membres. Et pas très bien nourris pour la plupart…

     « Ca se dépeuple par ici ! » ricana-t-il.

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       Wolf se retourna mais n’eut pas le temps de réagir : l’un de ses acolytes s’effondra la face contre terre. Sham reconnut avec rage une des flèches qu’il avait données à Johanne. Il jura intérieurement. Elle ne pouvait pas décidément pas obéir à un ordre simple ? Un second tomba et la voix de Johanne s’éleva du haut de la colline.

    - Libérez votre prisonnier ! cria-t-elle sans se montrer.

       Wolf sursauta. Son lieutenant principal avait empoigné Don, le mettant entre l’inconnu et eux.

     - Montez sur la colline ! ordonna-t-il à deux de ses hommes.

       La jeune femme regarda les regarda s’approcher. L’arc vibra silencieusement deux fois. Les deux individus s’écroulèrent à leur tour. Mais elle ne pouvait pas viser Wolf, qui utilisait Donatien comme bouclier. Le chef du gang tremblait de rage.

     - Que croyez-vous pouvoir faire tout seul sur cette planète ? Vous feriez mieux de vous rendre ! J’ai de la place à mes côtés, pour un tireur de votre espèce…

     - Libérez-le ! répéta-t-elle.

       Il tira alors de sa ceinture un coutelas qu’il posa sur le visage de son prisonnier, près de la cicatrice.

     - Si dans dix secondes vous n’êtes pas ici, votre si cher ami perdra son œil gauche. Je croyais d’ailleurs le lui avoir déjà enlevé, mais… Un… Deux… Trois… Quatre… Cinq…

       De sa place, la jeune femme aperçut, dans les premières lueurs de l’aube, le sang qui commençait à couler sur la joue de Donatien.

     - Arrêtez ! hurla-t-elle, je me rends ! Je me rends !

       Sham ne sentait même pas la douleur. Seule une grande colère l’habitait. Contre elle, contre lui-même… Sans ce feu… Johanne descendit la tête basse tenant son arc serré contre elle. Il ne lui restait plus que deux flèches. Deux des hommes de Wolf les lui arrachèrent et la poussèrent devant leur chef.

     - Quel est ton nom, courageux inconscient ?

     - Jo ! murmura-t-elle.

     - On se découvre devant le chef ! siffla un des hommes en lui arrachant son béret. Libérées, les tresses sombres dégringolèrent sur ses épaules. Un grand silence se fit. Donatien ferma les yeux.

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     - J’y crois pas ! s’exclama Wolf, les yeux brillants. Je ne rêve pas les gars ! On a touché le gros lot !

       Johanne voulut reculer, mais le bras de l’homme s’était détendu comme un ressort pour l’attirer plus près de lui. D’un geste vif, il toucha sa poitrine.

     - Une vraie femme ! souffla Wolf, un rictus déformant ses lèvres.

     - Lâchez-moi ! ordonna Johanne d’une voix sèche. Maintenant, vous avez vu. Vous êtes content ?

       Elle se dégagea brusquement de l’emprise de l’homme.

     - Allons, reviens ! Sais-tu depuis combien de temps je n’ai vu de femme ? continua-t-il en tendant la main vers elle. Et depuis combien de temps je n’en ai pas possédée ? Il vaudrait mieux pour toi, que ce soit de ton plein gré !

     - Alors, approche, homme !

       Donatien tressaillit en voyant Johanne changer brusquement d’attitude. Elle bougea à peine, faisant basculer le poids de son corps sur une jambe, le dos un peu cambré. Elle se mordilla la lèvre avec une moue plus que suggestive.

       Ricanant, Wolf ne se fit pas prier pour avancer. Il l’enlaça avec rudesse avant de poser sa bouche sur les lèvres offertes. Donatien eut l’impression de ressentir un coup au cœur en la voyant nouer ses bras autour de la nuque de cette brute.

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    Il se rappela avec rage du dossier volé chez Amalric, des annotations sur sa vie privée… Cette fois, c’était sûr ! S’il s’en sortait, il lui flanquerait enfin cette raclée qu’il lui promettait depuis le premier jour !

       Pourtant, comme les autres, il écarquilla les yeux lorsqu’il comprit ce qu’elle venait de faire. Wolf tomba à genoux devant elle, se tenant le bas-ventre à deux mains. Elle n’hésita pas à le pousser en arrière.

     - Prends ça, espèce de pervers !

       Wolf roula dans la poussière, mais il se releva immédiatement, grimaçant de douleur.

     - Tu n’aurais pas dû, petite salope ! Tu vas me le payer très cher !

       Il se propulsa vers elle, mais malgré sa fatigue, elle l’évita souplement. Elle se mit en garde. Elle avait fait quelques années de boxe française. Si elle pouvait résister assez pour permettre à Camille d’arriver, Don serait sauvé.

     - Si je vous mets au tapis, vous me laissez partir avec Don. affirma-t-elle.

     - Et si tu perds, tu vas battre le record des meilleures stars du porno ! ricana Wolf avant de jurer.

       Donatien, comme les autres, resta stupéfait devant l’agilité de la jeune femme.

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    Tous ses coups portaient, laissant le chef du gang essoufflé et de plus en plus furieux. Il ne parvenait pas à la toucher. Elle, au contraire, ne semblait pas perdre sa nonchalance. Pourtant, son cœur battait à se rompre. Comment pourrait-elle s’en sortir ? Car il ne demanderait jamais merci. Toute sa clique était derrière lui… Et elle était épuisée. Il fallait que son frère arrive !

       Comme pour lui donner raison, Wolf se mit à hurler après avoir encaissé un coup à l’abdomen, plié en deux.

     - Qu’est-ce que vous attendez, bande d’abrutis ! Arrêtez cette furie ! Dépêchez-vous !

       Elle recula, le cœur étreint par l’angoisse, mais comme Donatien, elle ne put résister face au nombre. Elle ferma les yeux lorsque chacune de ces brutes se mit en devoir de la toucher avec des commentaires salaces.

       Wolf reprit son souffle en s’avançant vers elle.

     - Écartez-vous ! ordonna-t-il. Je vais me la faire, cette pétasse !

       Johanne se mit à trembler.

     Suite du chapitre 10


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  • « Sûrement pas ! »

    Un des hommes observait la scène depuis le début, adossé contre un arbre. Il intervint brusquement.

    - Non, Wolf ! Tu ne toucheras pas cette fille ! Et personne ne la touchera d’ailleurs.

    - Dégage Drake ! Je suis le chef !

    - Tu étais le chef, Wolf ! souligna le rebelle. Mais la raclée que vient de t’infliger cette fille t’a détrôné ! Tu n’as pas été capable de la vaincre toi-même ! Tu n’es plus digne d’être le chef ! C’est ta propre loi qui te condamne ! Elle t’a vaincu ! C’est elle, notre chef !

       Dans les rangs des membres du gang, des murmures d’approbation se firent entendre. « Il a raison ! C’est vrai ! Wolf n’est plus digne d’être le chef ! »

      Wolf écumait de rage, il sortit son coutelas.

    - Bande de minables ! Sans moi vous n’êtes rien !

    - C’est toi qui n’es rien sans nous ! répéta Mark Drake, en se plaçant devant la jeune femme.

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     - Attention ! hurla-t-elle mais l’inconnu n’eut pas le temps de réagir.

    - Ta gueule, pilote raté ! hurla le second de Wolf, en abattant une matraque sur la nuque de Drake qui s’effondra sans connaissance.

    - Mark avait raison ! hurla alors un colosse syncréen. Je vais vous faire la peau à Wolf et toi ! Je deviendrais le chef !

      D’un coup de pied précis, la brute fit voler en l’air le poignard qui vint se planter dans le sol juste à côté de Donatien. Tandis que celui-ci n’hésitait pas à profiter de l’occasion ainsi offerte, Wolf et son second se jetèrent sur l’autre dans un pugilat effréné. Tous les hommes faisaient un cercle autour des trois combattants, les excitant de leurs cris.

      Deux d’entre eux avaient compris ce que la distraction des autres pouvait leur offrir. Le temps que Donatien puisse se libérer de ses liens, Johanne avait été bâillonnée et entraînée dans la forêt. Sham sentit sa colère bouillonner dans ses veines. Il récupéra le poignard, l’arc et le carquois abandonnés au sol.

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       La scène qui se préparait le rendit malade. Il n’hésita plus. Il s’agissait de tuer, simplement. Les deux hommes savaient qu’ils n’avaient que peu de temps pour assouvir leur désir. Ils étaient en train de déchirer la combinaison de la jeune femme, leur pantalon ouvert. Sans un bruit, Donatien bondit et abattit son couteau. Les deux corps s’affaissèrent sur le sol tandis qu’il se penchait sur Johanne. Un soupir de soulagement lui échappa lorsqu’il vit qu’elle n’avait rien. Il la jeta en travers de son épaule, sans la détacher avant de se mettre à courir vers le haut de la colline. Comme il l’espérait, sous le buisson derrière lequel elle avait surgi, il trouva les deux sacs contenant tout leur matériel. Il s’en empara avec soulagement. Johanne toujours ligotée et bâillonnée essayait d’attirer son attention. Il se pencha vers elle et chuchota à son oreille.

    « Tu as fait suffisamment de stupidités pour aujourd’hui, ma belle ! Puisque tu ne veux pas rester tranquille de gré, il faut bien que je t’y force ! »

      Le regard orageux qu’elle lui lança le fit sourire. Il posa brièvement ses lèvres sur le front de la jeune femme avant de sortir son comlink. Camille avait essayé de les joindre ! Il envoya le signal. Comme pour répondre à sa prière muette, un rayon lumineux apparut instantanément au dessus d’eux.

      Un tout petit vaisseau de liaison descendit doucement vers eux. Donatien n’hésita pas. Il souleva Johanne dans ses bras, récupéra leurs armes et sauta à bord dès que la porte s’ouvrit. Camille poussa un soupir de soulagement en aidant son ami.

    - C’est bon, Syndël ! Décolle ! »

      À bord, Donatien et Camille reprirent les commandes de l’engin tandis que Syndël s’occupait de détacher la jeune femme, dans la cabine. Elle serra les lèvres à la vue de ses vêtements déchirés. Les hématomes formaient un arc-en-ciel sur son visage, témoins des coups d’Amalric puis de Wolf. La jeune chanteuse frissonna.

    - Mon Dieu ! Ma Jo ! Que s’est-il passé ?

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       Johanne n’essaya même pas de se lever. Elle resta étendue sur la banquette.

    - Je veux tout oublier, souffla-t-elle. Je le déteste ! Dis à ce salaud de Sham que je le déteste ! Je veux dormir et ne jamais me réveiller.

    - Viens, Jo ! fit son amie. Tu ne peux pas rester comme ça, je vais t’aider à prendre une douche et te changer. Il faut soigner ton visage.

      Lorsque Johanne se fut effondrée de fatigue sur la couchette, Syndël sortit de la cabine en refermant soigneusement la porte derrière elle.

    - Pourquoi l’avez-vous attachée ainsi ? attaqua-t-elle, fixant Donatien d’un air courroucé. Et que lui avez-vous fait, d’ailleurs, pour qu’elle soit dans une telle rage contre vous ! Elle vous fait dire qu’elle vous déteste !

      Camille sursauta.

    - Don ! Qu’as-tu encore fait ?

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     - Hey ! Calmez-vous tous les deux ! Je vous rappelle quand même que je suis allée la chercher sur la planète grise ! Malgré mes précautions, nous avons été repérés par un gang. Mais cette petite idiote, au lieu de m’obéir et de rester cachée, a préféré jouer les héroïnes, au risque de se faire violer par une vingtaine de criminels contraints à l’abstinence depuis des années ! Alors, lorsque nous avons pu fuir, à l’occasion d’une bagarre généralisée, j’ai préféré la laisser ainsi, hors d’état de se nuire à elle-même. Je savais que vous arriviez ! Ce n’était qu’une question de minutes !

    - Pardon, Don ! souffla la jeune femme calmée. Que… Qu’a-t-elle subi ?

    - Ne me dis pas qu’encore une fois…

    - Rassurez-vous ! rétorqua Donatien. Cette fois, j’ai pu empêcher le pire… Mais où est-elle ? s’inquiéta-t-il soudain.

    - Elle est épuisée, elle s’est endormie comme une masse après sa douche. Elle était très en colère contre vous ! Si j’étais vous, je ne m’y risquerais pas !

    - Voyez-vous, Syndël, c’est mon problème !

      En haussant les épaules, Donatien se leva et rejoignit la cabine. Il s’assit à côté d’elle, pour observer le visage calme et détendu de Johanne. « Donatien ! murmura-t-elle. Venez ! Venez à mon secours ! »

      Il sourit, heureux d’être toujours dans ses rêves. Sa colère ne devait pas être bien profonde.

      Elle ne se réveilla pas lorsque la navette rejoignit l’immense Dragon qui tenait à l’écart tous les vaisseaux gardiens de l’Union. Malgré sa propre fatigue, Don ne laissa à personne d’autre le soin de coucher la jeune femme dans sa cabine. Il glissa entre ses bras le lapin bleu qu’elle lui avait donné des années auparavant.

    « Fais de beaux rêves, ma belle ! »

    Suite du chapitre 10


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  •  10 - 4

       Lorsque Johanne ouvrit les yeux, elle découvrit immédiatement la peluche de son enfance. Elle la serra contre son cœur. Il l’avait conservée depuis tout ce temps ! La colère folle qu’elle ressentait la veille à l’égard du fils de Vega avait disparu sans laisser de traces. Contrairement à son habitude, elle se leva en hâte, s’habilla très rapidement et sortit de sa chambre. « Où est-ce que je suis ? » s’étonna-t-elle à haute voix, ne reconnaissant pas le vaisseau amiral de la Révolution.

    - Sur le Dragon ! rétorqua la voix synthétique qu’elle reconnut aussitôt.

    - Dragon ! Je suis si contente ! Comment…

    - Ta mère est revenue me chercher pour venir à ta rescousse. Mes réacteurs sont bien plus puissants et rapides que tu ne peux l’imaginer…

    - Ma mère est là ?

    - Elle est en visio conférence avec ton père et des chefs de la Révolution.

    - Et… Sais-tu où est Don ?

    - Tu parles de Donatien Fox-Genery, aussi connu sous le pseudonyme de commandant Sham ?

    - Oui ! Où est-il ?

    - Il dort encore à bord de son propre vaisseau, qui est à l’intérieur de ma cale inférieure. »

      Elle quitta sa cabine en courant pour rejoindre le Hook, complètement essoufflée.

      Donatien était étendu sur sa couchette, le torse nu, les traits calmes et détendus. L’entaille faite par Wolf avait été soignée puis recouverte d’un pansement. Elle s’agenouilla auprès du lit. Elle posa ses lèvres sur la joue de l’homme endormi, le long de la fine cicatrice. Donatien s’était réveillé dès l’entrée de la jeune femme, mais il se garda bien d’ouvrir les yeux.

     10 - 4

    Johanne resta plusieurs minutes à le contempler, hésitant sur ce qu’elle allait faire. Elle se leva sans faire de bruit. Elle n’oserait pas le réveiller. Et puis, pour qui allait-il la prendre, s’il la trouvait là ? Les remarques qu’il lui avait faites, à propos du dossier d’Amalric, résonnèrent désagréablement dans sa mémoire. Il ne devait surtout pas la trouver là ! Lorsqu’elle se retourna pour fermer la porte de la cabine, elle resta figée. Sa couchette était vide. Elle fit un pas à l’intérieur de la pièce.

    - C’est moi que tu cherches, ma belle ? murmura la voix grave dans son dos.

      Donatien sourit de sa surprise, la repoussa doucement à l’intérieur et referma la porte d’un geste sûr.

    - Maintenant que tu es venue, tu ne vas pas repartir si vite ? lança-t-il. Que me vaut l’honneur de ta visite ?

      La jeune femme baissa la tête. Il lui releva le menton doucement.

    - Je… Je suis désolée… Je ne voulais pas… enfin te réveiller…

    - Tu n’es plus en colère contre moi ? s’enquit-il, amusé de son trouble. Il songea qu’il ne l’avait jamais trouvée aussi attirante qu’à ce moment.

    - Je te demande pardon.

    - Tu dois répondre à ma question ! insista-t-il. Pourquoi es-tu venue ?

      Johanne recula d’un pas.

    10 - 4

     - Tu le sais très bien ! s’écria-t-elle, agacée de son ton un peu moqueur. Ou alors, ce n’était que du baratin sur la planète grise ?

      Donatien l’attira contre lui. Il l’embrassa brièvement sur les lèvres pour lui couper la parole.

    - Johanne, tu es une petite folle ! murmura-t-il tendrement. Je ne me moque pas de toi. Simplement, avec ce qui t’est arrivé… Ce qui a failli se reproduire… Je ne veux simplement pas te brusquer.

      Son regard gris devint plus clair que jamais quand la jeune femme se haussa sur la pointe des pieds. Elle l’embrassa, avec une passion qu’il n’aurait jamais soupçonnée.

    10 - 4

     - Donatien, je crois… Je t’aime. souffla-t-elle. Veux-tu me faire oublier toute cette douleur ? Veux-tu de moi ? Malgré Amalric ? Malgré tous les autres avant lui ?

      Ses yeux suppliants bouleversèrent profondément Donatien. Il la prit par les épaules pour l’éloigner un peu de lui.

    - Johanne, quand j’étais ado, j’ai lu un très vieux livre. Le héros disait à l’héroïne : « Je te veux et qui que tu sois, je te prends ! Je ne te demande pas compte du passé, mais réponds-moi de l’avenir ! » Et il lui faisait jurer fidélité sur ses pistolets en lui disant « Si tu manques à ton serment, eux ne te manqueront pas. »

    - Le serment de la flibuste ! murmura-t-elle en baissant les yeux. Elle sourit soudain en comprenant ce qu’il voulait dire. Elle posa la main sur le blaster pendu à sa ceinture. « Je te le jure ! »

      Donatien la souleva brusquement dans ses bras.

    - Alors maintenant, ma belle, tu vas tout oublier ! Tout ce qui n’est pas moi !

     

    Suite du chapitre 10


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  •   Syndël ne parvenait pas à dormir. Elle se tourna plusieurs fois dans sa couchette, troublée. Elle finit par se lever. Elle quitta sa cabine pour explorer un peu le grand vaisseau quasi désert. Selon Wendy Paresc, c'était le seul exemplaire existant des vaisseaux de la flotte de Majan Valinë. Le luxe suranné de certaines pièces semblait lui donner raison. Qu’allait-il se passer, désormais ? Son métier, sa passion, c’était composer et chanter. Elle n’avait jamais imaginé faire autre chose ! Elle soupira en s’installant dans un des fauteuils confortable sous la grande baie vitrée, au dessus de la salle de contrôle. Les cinq autres occupants du vaisseau dormaient sans doute. Elle resta un long moment les yeux perdus dans le vide intersidéral, où les étoiles lointaines émettaient leur lumière glacée.

    10 - 5

       Pourtant, sa rêverie solitaire avait un témoin, tout étonné de se trouver là et de rester immobile sans rien dire, contemplant la silhouette rêveuse. Camille finit par se manifester.

    - Vous ne pouvez pas dormir, Syndël ?

      La jeune femme sursauta violemment. Lorsqu’elle se retourna, ses yeux assombris s’apaisèrent en reconnaissant l’intrus. Elle se leva.

    - Non, commandant Arkab.

      Il secoua la tête.

    - Mon prénom est Camille. Me permettez-vous de me joindre à vous, Syndël ?

    - Je vous en prie.

    Ils restèrent silencieux un long moment.

    - Qu'est-ce qui vous rend aussi rêveuse, Syndël ?

    Elle soupira sans répondre, troublée qu’il s’intéresse à elle.

    - Regrettez-vous d’être ici ? insista-t-il.

    - Oh ! Non ! rétorqua-t-elle avec vivacité, soucieuse de bien se faire comprendre. J’ai pu aider Johanne à sauver Altaïr. Je sais que c'est fondamental pour la révolution. Mais maintenant… Ma vie a pris un virage tellement brutal. Je ne sais pas trop où j'en suis, moi.

    - Vous ne songez quand même pas à nous quitter ? Je vous vois si mélancolique… Si votre famille sur Syncra vous manque, je vous y ramènerai dès que possible !

      Syndël tourna vers lui son regard doré inquiet.

    - Mais je ne veux pas partir, commandant Arkab ! Je n'ai aucune famille nulle part, à part Jo'. Et puis, je crois que je ne peux plus partir: si jamais le colonel Amalric met la main sur moi… Je ne suis pas sûre d'avoir la force de caractère de Johanne. C’est juste… J’ai peur ! avoua-t-elle. Je ne sais pas si je vais avoir le droit de rester avec vous. Malgré mon désir de me joindre à vous, à quoi puis-je être utile à la Révolution ? Je ne sais que chanter et faire de la musique !

      Camille lui sourit.

    10 - 5

     - Nous ne vous obligerons pas à partir ! N’ayez aucune crainte à ce sujet, Syndël ! Quant à votre rôle, parmi nous… Nous le déterminerons en même temps que celui de Johanne. Après tout, elle non plus n’a pas encore de tâche vraiment définie parmi nous. Quiconque souhaite partager notre combat est bienvenu dans nos rangs ! Et vous avez largement fait vos preuves ! Rassurée ?

      Elle hocha la tête.

    - Je vous fais confiance, Camille. »

     

    Chapitre 11

     


     Et voilà enfin la suite! C'est en quelque sorte la fin de la première partie de cette histoire. Tout le monde est réuni, tout ça tout ça... J'avoue, j'ai poussé le bouchon un peu loin, côté guimauve... On va finir par s'écoeurer^^ Bon, je vous rassure, la seconde partie aura aussi son lot de suspens et d'anxiété. Tout n'est pas terminé: selon mon fichier word on en est environ à la moitié! Par contre, j'ai une transition à réécrire, et je galère un peu donc patience pour la suite ^^

    En tout cas, j'espère que ça vous a plu jusque là. Merci pour vos commentaires, ça fait toujours super plaisir!

    Bises

    Koe

       

     

     


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