• Epilogue 2

      Lorsqu’ils émergèrent enfin de leur bulle de tendresse, ils se rendirent compte qu’il était plus de minuit. Dans la maison d’Argail, tout le monde était couché. Sans faire de bruit, Johanne entra dans la cuisine et prépara à la hâte deux sandwiches.

    - Viens ! murmura-t-elle. Tu me raconteras tout là où nous allons.

      Elle le prit par la main et l’entraîna à travers les rues désertes.

    - Il n’y a pas de couvre-feu, au moins ? s’inquiéta Donatien.

    - Rassure-toi. Il n’est pas interdit de se promener la nuit. Mais j’espère que nous serons seuls là où je t’emmène.

      Au bout de dix minutes, ils parvinrent au sommet d’une colline herbue au milieu d’une clairière qui dominait la cité. Donatien se figea à la vue des milliers de petites lumières dans les arbres.

    - C’est féerique ! s’exclama-t-il.

    - N’est-ce pas ! Maintenant, assieds-toi à côté de moi, Don, et raconte-moi tout !

    - Tout quoi ? La guerre ?

    - La guerre aussi, mais avant, je veux savoir ce qui t’a poussé à être aussi violent… avec moi…

      Donatien se raidit et s’écarta un peu d’elle, il se prit la tête entre les mains.

    - J’ai tellement honte, Johanne !

    - Je veux savoir, Donatien. Je veux comprendre ! Je veux pouvoir te rendre ma confiance ! Je veux savoir si je peux vivre avec toi ! S’il te plait ? Si tu m’aimes, tu dois me le dire !

      Il poussa un profond soupir et s’allongea dans l’herbe, regardant loin vers le ciel étoilé. Johanne l’observait avec attention.

    - Lorsque je suis venu te chercher, au palais, j’ai croisé Lutham Calv. Et… Il m’a révélé que j’étais son petit-fils. Ma mère était sa fille. Je n’ai pas voulu le croire, pourtant je ne l’ai pas tué. Je voulais vérifier. Je lui ai prélevé un peu de sang. Jusqu’à ce que l’ordinateur me confirme la vérité, je ne savais plus où j’en étais. J’étais mort de peur.

    - Il ne te restait que de la colère pour exprimer ton angoisse. compléta Johanne, atterrée.

    - Je suis vraiment navré, Johanne, de ce que je t’ai dit. Tu ne méritais pas ça. Je ne sais pas pourquoi je t’ai rendue responsable, je croyais que j’allais devoir abandonner mon combat auprès de la résistance… J’étais un imbécile.

      Johanne se blottit contre lui et il passa son bras autour de ses épaules.

    - Et moi une idiote bornée. Au lieu d’essayer de t’aider, je t’ai tourné le dos ! Je t’ai repoussé ! Oh ! Don ! Tu devrais me haïr !

    - Te haïr ? N’y compte pas, ma sauvage ! Tu ne te débarrasseras pas de moi si facilement ! Bref, j’ai révélé la vérité à l’état-major, et, contrairement à ce que je croyais, ils n’ont pas voulu que je m’en aille.

    - Je suis désolée de ne pas avoir fait l’effort de t’écouter ! Si…

    - Et si j’avais réagi de manière moins violente, on n’en serait pas là non plus !

    - Oublions ! Et la révolution ? Si vous êtes de retour, j’imagine que…

    - Nous avons libéré toutes les planètes sauf Sobolev. Nous avons signé un accord avec l’Union. Lutham Calv a été tué par Rayan… Maintenant Kendal Pherson est le chef de Sobolev. Je pense qu’il n’y aura plus de problème.

    - Alors, c’est fini ? Plus de clandestinité, plus d’angoisse, plus de fuite ?

    - Il nous reste à reconstruire Rhyway…

      Ils restèrent l’un contre l’autre toute la nuit. Ce fut le premier rayon de soleil qui réveilla Donatien. Il sourit en découvrant la jeune femme allongée tout contre lui. Elle ouvrit les yeux et lui adressa un sourire ensommeillé.

    - Mais où sommes-nous donc ? Oh ! Don ! On a passé la nuit dehors !

      Il hocha la tête et s’étira.

    - Tu sais que c’est la première fois qu’on passe une nuit entière à la belle étoile, ensemble sur le sol d’une planète ?

    - J’espère bien que ce ne sera pas la dernière ! s’exclama-t-elle en frissonnant. Mais la prochaine fois, on se munira d’une couverture ! Elle se leva d’un bond et lui tendit la main. Viens ! Il faut rentrer, sinon Argail et Arkane risquent de se demander où nous sommes passés. Tu n’es pas venu seul ?

    - Non, ma douce. Ton frère et Syndël sont là aussi, ainsi que Mark et Micaëla.

    - Qui donc ?

    - C’est vrai que tu ne les connais pas ! Micaëla est une jeune pilote de chasse, tout à fait charmante et spirituelle. Lorsque nous avons libéré la planète grise, Mark et elle ont rejoint mon équipe.

    - Spirituelle et charmante ! releva la jeune femme en fronçant les sourcils. Elle lâcha sa main et recula. Et que vas-tu lui dire pour lui expliquer ton absence de cette nuit ?

      Donatien resta interloqué, puis éclata de rire, le regard malicieux.

    - Oh oh ! Me ferais-tu déjà l’honneur d’une scène de jalousie, petite fille ? Je suis très flatté, tu sais !

      Elle se renfrogna.

    - Tu t’es encore moqué de moi ! Si j’avais su, j’aurai accepté l’invitation du prince Kyril de Moldau, au lieu de me morfondre et de rêver à un inconstant ! s’exclama-t-elle, avant de se taire brusquement, consciente d’avoir trop parlé.

      Il secoua la tête, franchement amusé.

    - Il faudra que tu m’expliques en détail cette histoire de prince. Mais en ce qui concerne Micaëla, son fiancé Mark est très jaloux. Comme nous sommes devenus amis, je n’ai pas voulu courir de risques ! rétorqua-t-il. Tu l’as déjà rencontré, sur la planète grise aussi.

    - Son fiancé ?

      Elle devint rouge comme une pivoine.

    - Je crois que je vais adorer te faire rougir, ma jolie. Il tendit la main vers elle. Mais viens donc te faire pardonner d’avoir douté de moi !

      Gênée, Johanne se blottit dans ses bras.

    - Pardon ! murmura-t-elle. Dès qu’il s’agit de toi, je deviens complètement stupide ! Alors je suis censée connaître ce Mark ?

      Donatien hocha la tête.

    - Ah ! Oui ! Je me souviens ! L’homme qui voulait que je sois chef du gang à la place de Wolf ! Celui qui nous a involontairement permis de fuir !

    - Exactement !

    - Viens, j’ai hâte de les rencontrer ! Et de le remercier pour ce qu’il a fait !

      Les deux jeunes gens coururent dans la rue, dédaignant le trottoir roulant, sous le regard amusé des terriens. Ils parvinrent hors d’haleine chez Argail où tout le monde était attablé pour le petit déjeuner.

    - Don ! Johanne ! Enfin, vous êtes là ! Où étiez-vous donc passés ?

      Tandis que Johanne se jetait dans les bras de son frère, Mark et Micaëla échangèrent un regard amusé en constatant le bonheur si évident de leur ami.

    - Don est redevenu un gamin ! chuchota-t-elle. Regarde comme il rayonne ! Ses yeux étincellent !

      Les présentations furent rapidement faites et ils s’assirent devant leur petit déjeuner, affamés.

      Cependant, Argail regardait ses amis d’un air soucieux. Camille s’en rendit compte. Il lui fit un petit signe et les deux hommes se retrouvèrent sur la terrasse, aussitôt rejoints par Mark.

    - Que vous arrive-t-il, Argail ?

    - Je crains que nous ne soyons dans une situation difficile.

    - Et pourquoi donc ?

    - Il y a eu changement de prince. Le temps que tout se mette en place, que les trente princes aient pris connaissance du dossier, que des décisions soient prises… Je ne sais pas quand il sera possible de laisser partir Johanne.

    - Mais, on avait un marché ! On a amené un des croiseurs pour que vos scientifiques vérifient s’ils peuvent trouver une parade aux armes…

    - Je sais, mais maintenant, il faut que nos scientifiques se mettent au travail. Comme je vous l’ai dit, ils ne le feront pas sans ordre du grand conseil des princes !

    - Je vois ! Et inutile d’en parler à Donatien. Pour le moment, il nage dans un vrai lac de tendresse, il ne voit rien à part ma sœur… D’ailleurs, tant mieux ! Ça nous fait des vacances ! Vous ne pouvez imaginer à quel point il est devenu insupportable ! Depuis le moment où il a compris qu’il ne pourrait pas tenir sa promesse, il nous en a fait voir de toutes les couleurs !

    - Si ça peut vous consoler, depuis la même époque, votre sœur sanglotait quasiment toutes les nuits, parce qu’elle était persuadée que vous étiez tous morts. Arkane et moi ne savions plus quoi faire pour lui remonter le moral. Heureusement qu’il est enfin revenu, elle a failli inonder la Terre !

    - J’adore les belles histoires romanesques et qui finissent bien ! plaisanta Mark.

    - Ouais ! On est tranquille jusqu’à leur prochaine dispute ! commenta Camille. Bref, qu’allons-nous faire ?

    - C’est contraire à la coutume, mais je vais essayer d’expliquer la situation à Thykô. J’irai le voir tout à l’heure pour le convaincre d’accélérer les choses.

    Suite de l'épilogue


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