• 5-2

      À son réveil, Johanne trouva un droïd à côté de sa couchette, qui s’activa lorsqu’elle se leva. Elle reconnut le copilote qui était à bord du vaisseau de Sham.

    - Bonjour, Galois ! salua-t-elle en s’étirant consciencieusement comme à son habitude.

    - Bonjour, mademoiselle Johanne. répondit le droïd.  Je vous ai apporté un badge pour que vous puissiez circuler sans être arrêtée sur le vaisseau amiral, les membres de la révolutions sont un tantinet paranoïaques concernant leur sécurité. Les commandants Arkab et Sham vous attendent dans la salle de conférence. Le plus vite possible ! ajouta-t-il, comme la jeune femme retombait en bâillant sur le lit.

      Elle se redressa brusquement et fouilla un moment dans son sac. Comme disait Syndël, sa meilleure amie, quand on est plongée dans les ennuis, se préoccuper de futilités quelques minutes, ça remettait les idées en place. Ce serait bien d'ailleurs de lui donner de ses nouvelles. La dernière fois qu'elle l'avait contactée, c'était juste avant de quitter Rhyway pour la mission archeotech', autrement dit dans une autre vie! Galois saurait sûrement lui fournir une connexion sécurisée...

      Elle finit par choisir un pantalon moulant et une tunique turquoise qu’elle affectionnait particulièrement, derniers cadeaux de sa mère adoptive. Elle s’observa dans le grand miroir en pied et décida de laisser ses cheveux retomber en désordre sur ses épaules. Elle se maquilla avec soin. Tout enfilant ses bottes, elle haussa les épaules en signe de commisération envers elle-même.

    - Ma pauvre Jo ! marmonna-t-elle. “Il” ne remarquera sans doute même pas les efforts que tu fais !

    - Vous dites ? s’étonna le droïd.

    - Des bêtises, Galois ! Alors ? Où suis-je attendue ?

    5-2

      Elle suivit le droïd dans les couloirs gris métallisé du grand croiseur, se sentant à sa grande gêne, observée par tous ceux qu’elle croisait, et pénétra à sa suite dans une grande salle de réunion. Le droïd referma la porte derrière elle et les trois hommes présents se levèrent pour l’accueillir. Arkab et Sham la saluèrent d’un sourire, mais le troisième homme, bien plus âgé, resta silencieux. Il observait la jeune femme avec une émotion qu’il ne pouvait absolument pas dissimuler.

    - Oh ! Wendy ! murmura-t-il. Si tu pouvais voir combien elle te ressemble !

      Une étrange impression fit battre le cœur de Johanne de plus en plus vite.

    - Es-tu… mon père ? demanda-t-elle.

      Les deux autres sursautèrent.

    5-2

    - Je suis Jean-Loup Montjoie, ton père.

      Ni l’un, ni l’autre n’osait s’approcher et Arkab manifestement surpris interrogea Jean-Loup du regard.

    - Papa, est-ce vrai ?

      Johanne comprit qu’elle était face à Camille Montjoie.

    - Oui. J’ai rencontré Wendy le jour de tes quatorze ans, cinq ans après l’exécution de ta mère. Altaïr m’a empêché de reconnaître officiellement notre relation et notre fille, pour ne pas me compromettre. Je l’aimais tellement et notre situation intenable a tout détruit…

      Johanne ébaucha un sourire.

    - Dans son message, elle m’a demandé de te dire que tu avais eu raison sur tous les plans et qu’elle n’a jamais cessé de t’aimer.

      Jean-Loup s’approcha d’elle et la serra contre lui. Elle se laissa aller contre l’épaule accueillante.

     

    5-2

     

      Sham observait la scène avec un sourire mélancolique. Lorsqu’ils s’écartèrent, Camille prit la main de sa sœur. Ils se sentirent un peu gênés, au grand amusement de son ami : Arkab pris en flagrant délit d’émotion ! Mais il ne parvenait plus imaginer que la jeune femme puisse être une espionne d’Amalric. L’intensité du regard vert qui allait de son père à son frère était trop grande. Elle ne pouvait pas jouer la comédie aussi bien.

    Suite du chapitre 5


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  • 5-3

    - Je crois que nous avons épuisé le temps accordé à des retrouvailles familiales. D’autres soucis nous attendent. De quoi voulais-tu nous parler, P’pa ? Vu que tu as devancé le message concernant Johanne, il a dû se passer quelque chose.

      Jean-Loup s’assit à côté de sa fille et son regard vert si semblable à ceux de ses enfants s’assombrit.

    - Je venais justement t’informer de l’existence de ta sœur, sans imaginer la trouver avec toi! Un avis de recherche a été lancé au nom de Johanne Dorval. Je crois qu’Amalric veut se venger de ce que ta mère lui a fait, Johanne. Je suis navré que cela te retombe ainsi dessus. Il veut à tout prix mettre la main sur toi.

    - Remettre la main sur moi, tu veux dire ! fit-elle d’un ton amer. Car j’ai déjà goûté à sa peu courtoise compagnie.

     5-3

     Jean-Loup fronça les sourcils. La lueur de colère flamboyante qui apparut dans les yeux de son fils et la grimace de Sham le convainquirent qu’il ignorait une partie de l’histoire. Il se promit de leur tirer les vers du nez.

    - Amalric est très attaché à te retrouver, Johanne. Ta capture rapportera un million de crédits à celui qui te ramènera au palais d’Amalric, sur Sobolev. Et vivante exclusivement.

      Johanne secoua la tête.

    - Mais je ne comprends pas pourquoi il me veut vivante. Je ne peux plus lui servir à rien !

    - Sauf à faire un exemple ! expliqua Camille. Amalric veut te montrer ce qui arrive à ceux qui se moquent de lui. Tu t’es enfuie alors que tu étais en son pouvoir. Il n’a pas dû apprécier. Peut-être craint-il aussi que Hassan ait réussi à te transmettre des découvertes utiles. Et être la fille d’Altaïr ne doit pas arranger les choses !

    - Mais que lui a donc fait ma mère, pour qu’il nourrisse une telle haine à son égard ?

      Jean-Loup Montjoie évita son regard.

     5-3

     - Elle l’a délibérément séduit. Elle s’est servi de lui pour espionner l’armée de l’Union, pour voler des codes et des plans qui permettaient à la résistance d’accomplir ses actes de sabotage de manière très efficace. Cela a duré trois ans.

    - Quand cela s’est-il passé ?

    - Oh, tu devais avoir trois ou quatre ans quand cela a commencé. C’est à cause de cette mission que nous nous sommes brouillés. murmura-t-il. Et pourtant, je savais que ta mère ne faisait pas un tel sacrifice d’elle-même en vain. Je savais qu’elle se détestait pour ça. Mais je l’aimais trop pour pouvoir l’accepter. Je tremblais de peur pour elle. Nous nous sommes disputés tant de fois. La dernière fois, elle est partie en claquant la porte. Je ne l’ai plus jamais revue.

      La jeune femme comprit à sa voix que l’émotion le gagnait. Elle pressa sa main.

    « Tu dois te cacher Johanne ! insista Jean-Loup. Il faut te garder en sécurité.

    - Ce problème-là est déjà réglé ! intervint Sham. Johanne, tu vas t’installer sur le vaisseau amiral. Nous avons les données découvertes sur Yperis à décrypter.

    - Alors je repars sur Sobolev, avant que ma couverture ne soit grillée ! Je suis tellement heureux de t’avoir enfin retrouvée, ma fille ! »

     5-3

      Sham accompagna Jean-Loup jusqu’à son vaisseau. Restée seule avec son frère, Johanne poussa un soupir gêné.

    « Tu es bouleversée d’avoir un frère, ravie, tu voudrais tout savoir de moi, tu as des milliards de questions et tu ne sais pas par laquelle commencer ! » s’amusa Arkab. « Rassure-toi, c’est exactement ce que je ressens. On ne rattrapera pas toutes ces années en quelques minutes, mais commençons par le commencement. Tu as quoi ? Vingt ans ?

    - Vingt-et-un. Et toi ?

    - Trente-cinq… »

      Il y eut un silence.

    5-3

    « Bon sang on est ridicules tous les deux ! » s’exclamèrent-ils en même temps avant d’éclater de rire.

    - Quel est le rôle de… notre père dans tout ça ? »

      Camille ferma les yeux.

    « J’avais dix ans quand ma mère a été tuée, dans une manifestation contre le pouvoir en place. C’était une marche blanche de femmes qui réclamaient plus de liberté, pas des militantes, juste des mères de famille. Mes parents étaient séparés depuis longtemps. Pourtant je l’ai vu dévasté par le carnage. Je crois que c’est à ce moment qu’il a décidé de basculer dans l’opposition. Je ne le savais pas alors, mais il a utilisé son statut d’astrophysicien, qui l’obligeait à parcourir le système, pour mobiliser les différents groupuscules d’opposition. Il a rencontré Vega et Altaïr, et d’autres encore. Et le mouvement de la Révolution s’est structuré. Aujourd’hui encore, personne ne le soupçonne, à part les chefs des différents mouvements. Son identité est protégée, c’est pour ça qu’on ne le rencontre presque jamais.

    - Et toi ?

    - Moi ? J’ai eu une adolescence rebelle. J’en voulais à papa de travailler pour l’Union. Je voulais me battre. J’avais monté un petit groupe de terroristes. On agissait en électrons libres. A vingt-trois ans, j’ai fait sauter un des terminaux de l’astroport de Baire. On croyait que le président Calv s’y trouvait. On s’est fait arrêter et tous les autres sont morts… Papa m’a renié en public. J’ai été jugé et déporté sur la planète grise. Et considéré comme mort. Sauf que papa s’est débrouillé pour me fournir armes et matériel de communication dans la capsule de déportation. C’est sur la planète grise que j’ai rencontré Sham. A tous les deux, on a réussi à remettre en état un vieux chasseur XW 098. Et le vaisseau amiral nous a récupérés.

    - Wow… Ma vie a été moins mouvementée. J’ai été adoptée à l’âge de huit ans par des gens adorables. J’ai fait des études d’archéotechnologie et je suis tombée entre les mains d’Amalric lors de ma première mission… Voilà, tu sais tout !

    5-3

    - Moins mouvementée? Pas dans les derniers jours en tout cas! Bon, je vais essayer de joindre ce fichu Don Fox pour que tu puisses rapidement commencer le travail de décryptage. Tous nos espoirs reposent sur les recherches de Wendy et Hassan. Et donc sur toi ! ajouta-t-il avec un clin d’œil.

    - Surtout ne te gêne pas pour me mettre la pression ! »

    Chapitre 6 )


    Salut tout le monde

    Me revoici avec un peu de guimauve pour continuer cette histoire. J'espère que ça vous a plu. J'adooore les histoires de famille compliquée! Dont acte! Vous avez sans doute compris pourquoi on ne voyait pas trop Arkab en face jusque là... La ressemblance me semblait trop frappante. Et je suis sûre d'ailleurs que tout le monde avait compris. (Voilà pourquoi je ne fais pas de polar à suspens^^

    Bon à part ça, je suis en vacances depuis ce soir et c'est que du bonheur!!!

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    Gros bisous  tout le monde

    Koe

     

     

     

     


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  • Voici donc Camille Montjoie, alias commandant Arkab. Il a trente-cinq ans, est censé être mort depuis quinze ans sur la planète grise et dirige avec son comparse Sham les opérations militaires d'une des sections de la Révolution.

     

     


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  • Jean-Loup Montjoie est un astrophysicien de renom. En apparence bien intégré au système politique de l'UnionInterstellaire, il est enseignant chercheur dans la grande université de Sobolev. Pourtant, depuis une trentaine d'années, il travaille en secret à la lutte contre le pouvoir en place, espérant rassembler tous les mouvements de résistance pour enfin en finir avec l'Union.


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  • 6-1

      Le lendemain soir, Camille et Johanne terminaient leur repas ensemble au mess lorsque Galois vint les interrompre.

     6-1

     « Commandant, mademoiselle Johanne ! C’est le commandant Sham ! Il a besoin de vous !

    - Don Fox est peut-être arrivé ?

    - Si c’est ça, il va m’entendre ! » marmonna Camille en avalant son verre.

      Sham était en communication video avec quelqu’un. Dès que la porte eut été fermée derrière eux, il bascula la communication sur l’écran central. Jean-Loup Montjoie était dans tous ses états.

    6-1

    « C’est impossible ! affirmait Sham.

    - Et pourtant la rumeur enfle. Le bruit s’est répandu comme une trainée de poudre dans toute la ville. Amalric a fait savoir qu’Altaïr serait encore vivante, en son pouvoir depuis onze ans.

      Johanne poussa un cri.

    - Ma mère ! Vivante ! C’est merveilleux !

    - Comment serait-ce possible ? interrogea Arkab, partagé.

    - Je l’ignore ! Si mon cœur s’est réjoui de cette nouvelle, mon esprit ne peut s’empêcher d’espérer que ce ne soit qu’une mauvaise plaisanterie d’Amalric. Je n’ose imaginer ce qu’elle aurait subi pendant onze ans entre ses mains. Onze années à la croire morte !

    - Tu as raison ! souffla Johanne, retombant brutalement dans la réalité. Mais il faut vérifier si cette rumeur est vraie ! s’exclama-t-elle. Je veux savoir si ma mère est encore vivante. Et la sauver si c’est possible. »

      Le commandant Sham leva les yeux au ciel. Jamais il n’aurait dû obéir à Montjoie et appeler sa fille avant de prendre connaissance de l’information qui le bouleversait.

    - Nous aussi, évidemment. Mais il faut juste réfléchir un peu auparavant. coupa Donatien. Il est fort possible que ce ne soit qu’un piège d’Amalric pour te coincer. Il a très bien cerné ta personnalité impulsive, apparemment.

    - C’est pourtant tout réfléchi ! Je dois aller sur Sobolev ! J’ai une idée de plan pour…

    - Folie ! coupa Camille. Tu n’es qu’une archeotech’ !

    - Hors de question ! hurla Jean-Loup en même temps. Je te l'interdis !

    6-1

      Sham crispa les mâchoires, furieux de se sentir tellement sensible au charme de la jeune femme. Il chassa Donatien de son esprit avant de parler d’une voix froide.

    - Tu connais désormais trop de choses sur la Révolution pour qu’on te laisse quitter ce vaisseau, Johanne. Tu ne rejoindras pas Amalric.

    Ils se figèrent tous.

    - Quoi ? Tu crois encore que…

    - Tu es la fille de Wendy et de Jean-Loup, soit ! Mais Amalric pourrait bien avoir inventé ce scénario, après la mort de Kharizmi, de concert avec toi, pour nous coincer ! Et ta tête mise à prix n’est peut-être qu’un prétexte pour t’exfiltrer.

    6-1

      La jeune femme se leva, folle de rage et ses yeux lançaient des éclairs.

    - Je me fiche de savoir si tu me crois ou pas ! cracha-t-elle. J’irai chercher ma mère chez Amalric sans vous tous. J’irai en enfer s’il le faut !

      Elle quitta le bureau d’un pas rageur et rejoignit sa cabine. Camille lança à son ami un regard rien moins qu’amène.

    - Comment peux-tu lui sortir des horreurs pareilles, Don ? J’ai lu le rapport médical de ton vaisseau. Sais-tu ce qu’il lui a fait subir ?

      Sham haussa les épaules.

    - Je ne veux pas qu’elle retombe entre les mains de ce salaud ! Si toi, tu as lu le rapport, moi j’ai eu droit au “son et lumière” lorsque je suis allé la chercher ! Jamais plus, je ne veux qu’elle vive ça !

    - Que s’est-il exactement passé ? demanda Jean-Loup, inquiet.

    - Amalric tenait Johanne en son pouvoir. Il lui avait laissé le choix entre la déportation sur la planète grise et espionner Kharizmi pour son compte. relata Donatien d’une voix froide. Elle a craqué rapidement et l’a révélé à notre ami. Amalric a décidé d’en finir avec eux. Juste après avoir fait assassiner Loumé et Hassan, il a emmené Johanne dans sa chambre à la colonie minière. Ils étaient deux, son aide de camp et lui. Ils voulaient savoir si Hassan avait trouvé quelque chose et ils ont joint l’utile à l’agréable… Elle ne savait rien. Je te passe les détails. Si je n’étais pas intervenu, je ne sais pas ce qu’il lui aurait fait.

    - Oh ! Mon Dieu ! murmura Jean-Loup, effondré. 

    - Nous en aurions bien besoin ! soupira Arkab. Car ma nouvelle sœur me semble être dotée du caractère impétueux de sa mère, doublé du tempérament colérique de son père…

    Suite du chapitre 6


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